Historique du château de Champlitte


    L’origine de la prospérité de Champlitte remonte au XIIIème siècle. Dès cette époque, la ville s’entoure de murailles et se peuple de monastères : le prieuré bénédictin de Saint-Christophe à Champlitte-la-Ville, le couvent des Augustins (XIVème siècle) et un chapitre collégial en 1439. Au début du XVIIème siècle, la ville compte 6 couvents.
    L’illustre famille de Vergy, l’une des plus puissantes familles du Duché de Bourgogne, acquiert la terre de Champlitte en 1228 et la conserve jusqu’au XIXème siècle. Ses membres occupent successivement des charges importantes au sein des instances dirigeantes du Comté de Bourgogne : Antoine de Vergy est archevêque de Besançon de 1502 à 1541 et jouit de la faveur de l’Empereur Charles Quint ; Claude de Vergy, puis son neveu François de Vergy et deux de ses fils, Claude et Clériadus sont gouverneurs du Comté de Bourgogne au XVIème siècle et au XVIIème siècle. Ils séjournent à Dole, à Gray et dans leur château de Champlitte où ils sont entourés d’une véritable cour.

La mort en 1630 de Clériadus de Vergy fait passer la seigneurie, par héritage, aux familles de Cusance puis de Clermont-d’Amboise et par succession à la famille de Toulongeon qui conserve des biens à Champlitte jusqu’au XIXème siècle.
   Le château-fort des Vergy est remplacé au XVIème siècle par une résidence moins austère. La construction du nouveau château est entreprise par François de Vergy, comte de Champlitte, chevalier de la Toison d’Or, Lieutenant-Général et Gouverneur des pays et comté de Bourgogne, lequel réside souvent à Gray. Il subsiste une façade élégante sur la cour d’honneur, attribuée à Hugues Sambin, le grand architecte de la Renaissance, originaire de Gray. Comme à l’Hôtel de Ville de Gray, autrefois au château de Filain ou au Palais Grandvelle de Besançon, les arcades du rez-de-chaussée étaient probablement ouvertes, servant de promenoir. Cette galerie a été remaniée au XVIIIème siècle.
    Les sept travées du corps central de la façade, sur la cour d’honneur, ont été érigées entre 1570 et 1577 ; le maître d’ouvrage pourrait être Denis le Rupt, de Dole, qui travaillait fréquemment en collaboration avec Claude Arnoult dit Lulier, sculpteur graylois. Le travail du sculpteur est d’une grande finesse : les colonnes ioniques et corinthiennes sont cannelées, les rinceaux serpentent sur les arcatures et les frises de rinceaux, de palmettes et de feuillages sont taillées en relief léger et frémissant, ornant l’entablement des baies et la corniche.
    Le château, après avoir subi des dégâts pendant les guerres du XVIIe siècle, est remanié en 1674. Incendié en 1751, il est en grande partie reconstruit dans la seconde moitié du XVIIIème siècle. La galerie du XVIème siècle est conservée mais fermée en façade et est intégrée aux nouveaux bâtiments. Les murs extérieurs du château, aboutissant à une pittoresque place en hémicycle, datent du XVIIème et XVIIIème siècle.
    Hippolyte-Jean-René de Toulongeon, lieutenant-général des armées du Roi s’adresse au grand architecte Claude-Joseph-Alexandre Bertrand, qui travaille depuis 1770 pour les Terrier de Santans et ses constructions, notamment le château de Moncley ont déjà établi sa renommée. En 1781, il dresse un « devis instructif et estimatif, marché et convention de tous les ouvrages de maçonnerie à faire pour la construction du château de Champlitte ». Bertrand fait construire en 1781-1782 la façade sur les jardins à deux étages de fenêtres à balustres, et combles mansardés à lucarnes de pierre, avec rotonde centrale à dôme d’ardoises.

        Sur la cour d’honneur, il fait élever en pendant d’une aile de 1768, un corps de bâtiment symétrique, en respectant l’élévation à deux ordres superposés ionique et corinthien de la façade de 1577 et complète l’ensemble par une façade classique dominant la vallée du Salon.
 
        La collaboration de Bertrand avec le sculpteur Luc Breton est particulièrement heureuse. Ce dernier est l’auteur de la frise de palmettes sculptées de la façade côté jardins et travaille aux aménagements intérieurs de la nouvelle résidence.
        Le décor architectural de la galerie de Champlitte reste sobre et classique de même que la noble ordonnance de l’escalier d’honneur. Au rez-de-chaussée, l’enfilade des salons est très harmonieuse. L’ancienne salle à manger ovale reçoit notamment des vasques sculptées par Luc Breton qui travaille aussi aux boiseries de la chambre du marquis de Toulongeon et au décor Louis XVI du grand salon d’angle où la cheminée en pierre à faisceaux de licteurs rappellent les frises du portail monumental fermant la cour d’honneur. Au premier étage, les appartements ont gardé d’agréables boiseries moulurées du XVIIIème siècle, mais Bertrand et Luc Breton ont l’idée de percer le plafond de la galerie entre le rez-de-chaussée et le premier étage par une ouverture circulaire protégée par une balustrade. Ce vestibule supérieur précède l’oratoire terminé en 1782 et dont la porte est surmontée d’un bas-relief.
Trois bas-reliefs identiques ornent la façade à colonnes de l’Orangerie, située à l’extrémité du parterre et des quinconces des jardins. L’aile nord est raccordée au corps principal du bâtiment sur la cour d’honneur par un pan arrondi où il aménage fort habilement, un escalier en ellipse qui dessert le château du sous-sol au deuxième étage. Bertrand et Breton imaginent encore sous l’aile nord un « salon souterrain » ou grotte, avec porte ornée de colonnes et de rochers. De plus, l’heureuse perspective d’une avenue en pente et bordée d’arbres en prolongement de la cour d’honneur a été préservée.
Le château est achevé au début de la Révolution, mais le marquis de Toulongeon n’a guère le temps d’en profiter. Après avoir joué un rôle aux Etats Généraux, comme député de la noblesse du bailliage d’Amont, il ne tarde pas à émigrer et meurt en exil.

Sous l’Empire, le château appartient à François-Emmanuel, vicomte de Toulongeon, à qui il convient d’attribuer une des rares transformations réussies du XIXème siècle. Il fait décorer le salon ovale du rez-de-chaussée de papiers peints panoramiques : « Les Sauvages de la Mer Pacifique », évoquant les voyages du Capitaine Cook et production des ateliers Dufour, de Mâcon. Les héritiers du vicomte de Toulongeon , décédé à la fin de l’Empire, vendent le château en 1825 à la commune de Champlitte qui le transforme en mairie et école.

L’Hôtel de Ville est classé au titre des Monuments Historiques par arrêté du 14 juin 1909.
 
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